« Au CES, nous cherchons ce qui peut réellement transformer la santé »
Joëlle Hayek
Chaque année, l’AFIB envoie une équipe d’ingénieurs biomédicaux au CES de Las Vegas pour prendre le pouls des évolutions technologiques et débusquer les innovations susceptibles de répondre aux besoins concrets des patients et des professionnels de santé. Retour sur les temps forts du CES 2026 et sur les ambitions de la cinquième mission, prévue en janvier 2027, avec Hervé Szymczak, coordonnateur de la mission CES 2026 et ingénieur biomédical au Centre Oscar Lambret.
La mission CES est désormais une mission phare de l’AFIB. Pourriez-vous nous en parler ?
Hervé Szymczak : Effectivement, la mission CES est née en 2023, à l’origine sous la forme d’une expérimentation destinée à aller chercher l’innovation technologique là où elle se trouve, dans cette vitrine mondiale qu’est le CES de Las Vegas. L’AFIB avait alors envoyé une première équipe test composée de trois ingénieurs biomédicaux. Nous nous sommes rapidement aperçus que les nombreuses innovations découvertes sur place pouvaient trouver de réelles applications dans le monde de la santé, et notamment dans le secteur hospitalier. C’est ainsi qu’est née l’idée d’une veille technologique régulière. La mission est devenue annuelle et rassemble désormais six ingénieurs de l’AFIB, qui travaillent en binôme afin de couvrir le plus de terrain possible. Il faut dire que le CES est immense, avec énormément de stands à parcourir et près de 4 700 start-up présentes ! Cette mission ne nécessite toutefois pas de compétences technologiques approfondies mais plutôt un intérêt pour l’innovation et une certaine curiosité. Elle constitue d’ailleurs un facteur d’attractivité pour l’AFIB, notamment auprès de ses jeunes membres.
Quel type d’innovations recherchez-vous au CES ?
Nous cherchons à la fois des innovations directement liées à la santé, par exemple des dispositifs médicaux, et des innovations plus indirectes, développées pour d’autres secteurs mais susceptibles d’aider les établissements, les professionnels ou les patients. Cela peut être, par exemple, des exosquelettes destinés à la logistique, des systèmes de géolocalisation ou de traduction simultanée, ou encore des outils bureautiques intégrant de l’intelligence artificielle. Nous sommes également très attentifs à la présence française. Chaque année, notre pays est fortement représenté au CES, avec un pôle de plus d’une centaine de start-up. Les acteurs français de la Health Tech y sont eux aussi très actifs, et présentent des innovations dans des domaines aussi variés que la santé numérique, l’intelligence artificielle ou la prévention. C’est important pour nous, car nous souhaitons aussi contribuer à promouvoir l’innovation nationale, dont l’écosystème est particulièrement dynamique.
Quelles innovations françaises vous ont particulièrement marqués lors du CES 2026 ?
Parmi les innovations directement applicables à la santé, je pense notamment à Clear Surgery, une jeune pousse lyonnaise spécialisée dans les technologies immersives destinées au bloc opératoire. Sa solution utilise un casque Apple Vision Pro pour permettre au chirurgien d’accéder, directement dans son champ de vision, aux différentes sources d’imagerie et aux informations du dossier patient pendant l’intervention. Il peut interagir avec ces données par les yeux, les gestes ou la voix, tout en conservant une interaction stérile et sans fil avec son environnement. Cette vision immersive pourrait être particulièrement intéressante dans certaines procédures interventionnelles, qui nécessitent une proximité importante entre l’image et le geste. Je citerais également Swiift Imaging, qui développe une solution de télé-échographie avec retour haptique. Le radiologue peut ainsi réaliser une échographie à distance tout en ressentant en temps réel les sensations de la sonde, comme les variations de résistance liées aux tissus. Cette solution, dont l’intérêt principal réside dans sa capacité à reproduire à distance une qualité d’examen comparable à celle obtenue en présentiel, est encore en cours de certification, mais elle pourrait permettre l’accès à une échographie spécialisée là où les radiologues sont peu nombreux.
Hervé Szymczak : Effectivement, la mission CES est née en 2023, à l’origine sous la forme d’une expérimentation destinée à aller chercher l’innovation technologique là où elle se trouve, dans cette vitrine mondiale qu’est le CES de Las Vegas. L’AFIB avait alors envoyé une première équipe test composée de trois ingénieurs biomédicaux. Nous nous sommes rapidement aperçus que les nombreuses innovations découvertes sur place pouvaient trouver de réelles applications dans le monde de la santé, et notamment dans le secteur hospitalier. C’est ainsi qu’est née l’idée d’une veille technologique régulière. La mission est devenue annuelle et rassemble désormais six ingénieurs de l’AFIB, qui travaillent en binôme afin de couvrir le plus de terrain possible. Il faut dire que le CES est immense, avec énormément de stands à parcourir et près de 4 700 start-up présentes ! Cette mission ne nécessite toutefois pas de compétences technologiques approfondies mais plutôt un intérêt pour l’innovation et une certaine curiosité. Elle constitue d’ailleurs un facteur d’attractivité pour l’AFIB, notamment auprès de ses jeunes membres.
Quel type d’innovations recherchez-vous au CES ?
Nous cherchons à la fois des innovations directement liées à la santé, par exemple des dispositifs médicaux, et des innovations plus indirectes, développées pour d’autres secteurs mais susceptibles d’aider les établissements, les professionnels ou les patients. Cela peut être, par exemple, des exosquelettes destinés à la logistique, des systèmes de géolocalisation ou de traduction simultanée, ou encore des outils bureautiques intégrant de l’intelligence artificielle. Nous sommes également très attentifs à la présence française. Chaque année, notre pays est fortement représenté au CES, avec un pôle de plus d’une centaine de start-up. Les acteurs français de la Health Tech y sont eux aussi très actifs, et présentent des innovations dans des domaines aussi variés que la santé numérique, l’intelligence artificielle ou la prévention. C’est important pour nous, car nous souhaitons aussi contribuer à promouvoir l’innovation nationale, dont l’écosystème est particulièrement dynamique.
Quelles innovations françaises vous ont particulièrement marqués lors du CES 2026 ?
Parmi les innovations directement applicables à la santé, je pense notamment à Clear Surgery, une jeune pousse lyonnaise spécialisée dans les technologies immersives destinées au bloc opératoire. Sa solution utilise un casque Apple Vision Pro pour permettre au chirurgien d’accéder, directement dans son champ de vision, aux différentes sources d’imagerie et aux informations du dossier patient pendant l’intervention. Il peut interagir avec ces données par les yeux, les gestes ou la voix, tout en conservant une interaction stérile et sans fil avec son environnement. Cette vision immersive pourrait être particulièrement intéressante dans certaines procédures interventionnelles, qui nécessitent une proximité importante entre l’image et le geste. Je citerais également Swiift Imaging, qui développe une solution de télé-échographie avec retour haptique. Le radiologue peut ainsi réaliser une échographie à distance tout en ressentant en temps réel les sensations de la sonde, comme les variations de résistance liées aux tissus. Cette solution, dont l’intérêt principal réside dans sa capacité à reproduire à distance une qualité d’examen comparable à celle obtenue en présentiel, est encore en cours de certification, mais elle pourrait permettre l’accès à une échographie spécialisée là où les radiologues sont peu nombreux.
Nous avons également été très intéressés par TIPOSI, qui a reçu un CES Innovation Award dans la catégorie Intelligence artificielle. Cette entreprise californienne a conçu une solution d’imagerie cérébrale portable reposant sur la radiofréquence associée à l’IA, et permettant de réaliser une imagerie du cerveau sans rayons X ni IRM. L’objectif n’est absolument pas de remplacer le scanner ou l’IRM hospitaliers, mais de disposer d’un outil de pré-screening rapide et portable, notamment en cas de suspicion d’AVC, pour pouvoir mieux orienter le patient vers le plateau médico-technique adapté. L’absence de radiation ouvre également des perspectives intéressantes pour le suivi régulier de certaines pathologies neurodégénératives. C’est un bon exemple de ce que nous cherchons au CES : pas nécessairement une technologie destinée à remplacer l’existant, mais une innovation capable de modifier un parcours de soins.
Vous pourriez donc citer des centaines d’innovations…
C’est justement la difficulté. Dans notre article annuel, nous essayons de sélectionner les innovations qui nous semblent les plus intéressantes et de rendre cette veille accessible au plus grand nombre. Lors des Journées de l’AFIB, nous présentons également un focus sur les solutions qui nous ont particulièrement marqués. Il s’agit de donner des clés de lecture aux professionnels : qu’est-ce qui est réellement innovant ? Qu’est-ce qui pourrait avoir un impact concret ?
Quelle place l’intelligence artificielle a-t-elle occupée dans cette édition du CES ?
Elle est désormais omniprésente. On trouve évidemment des logiciels dédiés à l’intelligence artificielle, mais aussi une IA intégrée de manière beaucoup plus transparente dans les systèmes informatiques et électroniques. Dans le domaine de la santé, les applications sont toujours plus nombreuses : diagnostic, suivi des patients à domicile, prévention, analyse des données… On voit aussi apparaître des objets de la vie courante qui intègrent progressivement des fonctionnalités IA liées à la santé : miroir intelligent, dispositifs connectés, systèmes capables d’adapter un traitement ou une prise en charge en fonction de l’état de santé… On n’est plus tout à fait dans la science-fiction, mais encore faut-il valider les données produites !
Quel regard portez-vous sur ces évolutions ?
Tout l’enjeu est de savoir distinguer ce qui présente un réel intérêt de ce qui relève davantage du gadget. Il faut garder un esprit critique, sans pour autant évacuer ces solutions d’un revers de main. Le suivi des paramètres de santé par les objets connectés, par exemple, transforme déjà la relation avec les patients. Certains arrivent désormais avec un prédiagnostic fourni par une IA, ce qui peut modifier la manière de les accueillir et impose probablement une évolution culturelle des professionnels de santé. Mais l’IA permet aussi de mieux suivre les patients dans le temps et d’identifier plus précocement certaines évolutions. La santé devient ainsi plus prédictive, plus personnalisée et davantage intégrée dans le quotidien. Le CES 2026 confirme cette tendance. Derrière l’engouement pour le « wellness », le bien-être, il existe une véritable dynamique autour de la prévention et du suivi de l’état de santé. Cela est particulièrement visible aux États-Unis, où l’accès aux soins est coûteux et complexe. Pour nous, l’essentiel est cependant de rester attentifs à l’impact réel de ces technologies. L’innovation n’a de sens que si elle améliore la prise en charge, facilite le travail des professionnels ou répond à un véritable besoin de santé.
Un dernier mot sur la cinquième mission, prévue en 2027 ?
Nous souhaitons conserver le principe d’une équipe renouvelée chaque année. Cela permet de faire participer davantage de membres de l’AFIB et notamment de jeunes ingénieurs, qui peuvent apporter un regard différent sur les technologies observées. L’appel à candidatures a été lancé à la fin du premier semestre 2026 et nous avons de plus en plus de volontaires. Il existe bien sûr une petite barrière liée à la langue, mais c’est aussi pour cela que nous travaillons en binôme et que nous organisons des briefings quotidiens. L’équipe 2027 est donc en cours de constitution pour se rendre à Las Vegas du 6 au 9 janvier. Comme chaque année, le bilan de cette mission sera publié à la fin du printemps. Cette dynamique illustre finalement l’ambition de l’AFIB : rester en veille, comprendre les évolutions technologiques et surtout identifier celles qui pourront réellement contribuer à la santé de demain.
> Article paru dans le hors-série #10 – Journées AFIB 2026, à lire ici
